La saponification à froid est une méthode de fabrication du savon qui fait la part belle au travail à la main, au respect de la nature et à l’imagination de l’artisan qui se retrouve dans la peau d’un chef cuisinier à confectionner toutes sortes de recettes pour éveiller les sens des consommateurs. Le savon saponifié à froid est le fruit d’un long processus de fabrication détaillé ci dessous images à l’appui, mêlant savoir faire, travail, patience, et respect de règles élémentaires d’hygiène et de sécurité.

Le matériel de savonnier

Hygiène et sécurité

Le matériel nécessaire à la préparation d’un savon est somme toute assez succinct. En priorité il faut penser à sa sécurité car la soude est un produit chimique dangereux, on utilise donc une blouse, des gants, un masque et des lunettes de protection. Dans un laboratoire de confection on ajoute également sur-chausses pour la propreté du laboratoire, et des charlottes sur la tête pour éviter les chutes de cheveux intempestives.

materiel d'hygiène et sécurité savonnier

Lunettes, masque et gants sont obligatoires lorsque l’on manipule de la soude

Matériel de fabrication

Pour fabriquer la pâte à savon il faut des contenants en acier inoxydable suffisamment grands pour contenir plusieurs litres de préparation ainsi que des verres doseur. Un fouet en inox ainsi qu’un batteur électrique sont nécessaires pour travailler la pâte, un PH mètre pour vérifier la qualité du savon, et enfin une balance suffisamment précise pour peser à la fois des grosses quantités d’huile et des petites de colorants. Pour fabriquer votre propre savon à la maison, il est nécessaire de disposer d’un matériel propre à la fabrication de savons et de ne pas utiliser vos ustensiles de cuisine.

Moules et découpeurs à savon

Le moule à savon est l’outil principal du savonnier, aussi bien le choisir et primordial. Il vaut mieux éviter le bois qui pourrait s’imbiber d’huiles et privilégier des plastiques alimentaires. La forme du moule est importante car elle influe sur les techniques de coloration que l’on peut utiliser. Le moule doit être de suffisamment bonne qualité pour ne pas se déformer, se monter et se démonter facilement afin de faciliter le démoulage. Pour des savons faits maison, vous pourrez travailler au départ dans des moules en silicones mais sachez qu’ils se déformeront et que la forme de vos savons ne sera pas rectiligne.

moule à savon rectangulaire

Moule à savons créé sur mesure pour notre savonnerie

Enfin, pour terminer le travail il faut un découpeur à savons. Pour un artisan savonnier le découpeur doit être pile poile adapté à la taille des moules et permettre un découpage net de manière à avoir des savons de taille, poids et forme identiques. A la maison, pour une jolie découpe, un outil pour découper le foie gras fera parfaitement l’affaire. Evitez les couteaux car ce n’est pas pratique et les découpes de savon ne sont pas nettes.

decoupeur à savons

Notre découpeur de savons, pile poile adapté à la taille de nos moules

Concevoir de la recette d’un savon à froid

Choix des corps gras

Chaque huile a ses propres caractéristiques, et en fonction des huiles choisies les propriétés des savons ne seront pas les mêmes : plus ou moins de dureté, une mousse plus ou moins onctueuse, douceur et hydratation du savon, pouvoir nettoyant, présence d’insaponifiables.. En règle générale, il est recommandé de choisir trois ou quatre corps gras différents, dont au moins un beurre végétal.

On peut également choisir une huile plus précieuse, sélectionnée pour ses vertus, afin de l’utiliser en tant que surgras. Par exemple on a choisi comme surgras du beurre de cacao blanc, de l’huile de Tamanu, de l’huile de chanvre. Cette huile qui ne sera pas saponifiée doit correspondre à environ 5% du poids total des huiles. Il s’agit de la première possibilité pour créer un savon surgras. La deuxième possibilité sera abordée dans le paragraphe ci dessous concernant la lessive de soude.

La lessive de soude

Il est recommandé de préparer la solution de soude à l’avance, il faut faire preuve de la plus grande prudence lors de cette étape, la soude est un produit dangereux il ne faut jamais l’oublier. On prépare une lessive de soude en mélangeant de la soude caustique avec de l’eau distillée, en se basant sur une concentration de soude de l’ordre de 30%. La température du mélange monte alors jusqu’à plus de 100°C, autant dire qu’il faut la laisser reposer jusqu’à température ambiante avant de l’utiliser. La quantité de lessive de soude à ajouter aux huiles végétales pour engendrer la saponification dépend du choix des huiles et en particulier de l’indice de saponification de chacune d’entre elles. La quantité de soude nécessaire doit être calculée de manière précise car trop de soude engendrerait un savon caustique totalement inutilisable. Avec un peu moins de soude, toutes les huiles ne sont pas saponifiées et on obtient alors un savon surgras qui lui est par contre bon pour la peau 😉 Attention toutefois car on peut aussi se retrouver avec un savon tout mou… Sur internet plusieurs calculateurs de saponification sont disponibles pour vous aider à calculer la bonne quantité de soude, on peut citer entre autres soapcalc ou hexabulle.

Les colorants

La couleur naturelle du savon va dépendre du choix des huiles, oscillant entre le jaune pâle et le vert clair. Pour donner d’autres teintes au savon, il est nécessaire d’ajouter des substances colorantes. Il existe plusieurs dizaines de colorants autorisés en cosmétiques identifiés par les lettres CI pour Colour Index dans leur appellation INCI. La grande majorité de ces colorants est certes très efficace mais surtout issue de l’industrie pétrochimique : les CI75 sont naturels, les CI77 sont des métaux oxydés, tous les autres viennent de la pétrochimie. Avec ces colorants, c’est simple il suffit de quelques grammes de poudre pour colorer des kilogrammes de savon. C’est efficace mais pas vraiment écologique.

L’autre alternative, pour laquelle on a opté, est de travailler avec des colorants naturels comme des argiles, des épices, du cacao, de l’orcanette, de l’indigo ou de la garance.. La difficulté est ensuite d’obtenir une jolie couleur car verser la poudre dans la pâte à savon n’est pas forcément efficace, la poudre ne se diluant pas forcément dans le savon. Suivant l’ingrédient choisi, cela peut nécessiter un travail préparatoire comme réaliser des macérats ou bien encore colorer directement la solution de soude (cette dernière technique étant peu pratique car cela nécessite d’avoir une solution par couleur).

Le parfum

Il y a trois possibilités :

  • Un savon qui sent le savon tout simplement. L’odeur naturelle du savon est agréable, et surtout elle ne présente pas de risques pour la santé. Le savon ainsi réalisé peut convenir à toute la famille même aux plus petits. Conseillé aussi pour les peaux très fragiles ou pour les personnes prédisposées aux allergies.
  • Ajouter un parfum tout près : on laisse faire les professionnels de la parfumerie capables de créer des senteurs délicieuses. Attention toutefois au choix du parfum. Pour notre part cela se limite uniquement aux parfums 100% naturels. La composition des parfums n’est pas fournie par le fabricant, et les parfums synthétiques renferment parfois des substances à éviter comme des phtalates par exemple.
  • Créer son propre parfum à partir d’huiles essentielles : Certainement la manière de parfumer la plus créative mais aussi la plus difficile. Les huiles essentielles sont à manipuler avec précaution, on ne peut pas se lancer dans leur utilisation sans un minimum de connaissances sur les risques potentiels, les associations possibles et la réglementation qui limite l’utilisation de certaines huiles. Il faut savoir aussi que le parfum de certaines huiles essentielles ne tient pas sur la durée. Les huiles essentielles sont interdites pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 7 ans.

Attention, le poids des substances parfumantes ne doit pas dépasser quelques pourcents du poids total du savon. A noter que parfums et huiles essentielles sont susceptibles de contenir des substances allergènes.

Fabrication du savon

La recette est prête, les quantités de soude et de chaque huile sont définies, tout comme les éventuels parfums et colorants, il est donc temps de se lancer dans la fabrication du savon.

Les préparatifs

Un plan de travail suffisamment large, libre de tout objet inutile et d’une propreté irréprochable doit être préparé. Les huiles sont pesées avec précision et mélangées dans un contenant en inox. Pour les huiles solides et les beurres, il est nécessaire de les réchauffer très légèrement pour les transformer en forme liquide. On prépare aussi la quantité de soude nécessaire, ainsi que les éventuels colorants et parfums. Tout doit être pesé avec la plus grande précision. Comme un maître pâtissier, on a tous nos ingrédients sous la main, car il faudra ensuite agir vite.

Il est nécessaire de préparer le moule avant d’y intégrer la pâte à savon. On réalise alors ce qu’on appelle un chemisage avec du papier ou du film alimentaire, l’opération ayant pour but de démouler le savon plus facilement. A ne pas oublier sinon le savon collera aux parois et cela sera alors compliqué à décoller. Il faut faire bien attention à avoir un moule suffisamment grand pour la quantité de savon. Comme il y a souvent un peu de surplus, avoir un moule silicone disponible avec des petites formes (coeurs, nounours, …) pour faire des mini savons découverte est une bonne idée.

moule à savon chemisé

Le moule est chemisé avec du film alimentaire. Il est prêt pour recevoir la pâte à savon.

Initier la phase de saponification : le travail de la Trace

Avec la plus grande précaution, on mélange la lessive de soude avec la préparation d’huiles végétales. On travaille ensuite le mélange ainsi obtenu avec un fouet ou un mixeur. Attention, il ne s’agit pas de monter des oeufs en neige, il faut y aller avec délicatesse. Petit à petit le mélange va changer de consistance, devenir opaque, c’est le processus de saponification qui est en train de débuter. Il s’agit ici d’arrêter de travailler la préparation lors que la trace est atteinte, c’est à dire lorsqu’une trace reste visible à la surface de la pâte à savon si on laisse couler un petit filet. C’est certainement l’étape de fabrication la plus délicate car il faut s’arrêter au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard.

Travail de la trace en saponfication

Travail de la pâte à savon avec un mixeur pour initier la phase de saponification. Juste à côté la pâte à savon de couleur marron est déjà prête pour réaliser un savon bicolore.

On agrémente ensuite la pâte à savon

Sauf si on a choisi une technique de coloration particulière comme colorer la lessive de soude, ou une technique de surgras basée sur la réduction de soude, c’est à cette étape que l’on ajouter les petits plus qui font toute la différence : le corps gras choisi pour le surgras donc, le colorant en poudre ou en macération, et le parfum si il existe. On mélange ensuite le tout pour obtenir une préparation uniforme, puis on verse rapidement l’ensemble de la préparation dans un moule.

remplissage du moule à savon

La pâte à savon est versée dans le moule chemisé

Réalisation d’un savon bicolore

De nombreux savons obtenus par saponification à froid contiennent deux couleurs. Le principe est en fait assez simple, il faut fabriquer deux pâtes à savon et en colorer au moins une des deux. La réalisation est un peu plus complexe car il faut aller vite car une fois le processus de saponification initié, il se poursuit. Si on tarde trop le mélange des pâtes n’est ensuite plus possible. Plus on augmente le nombre de couleurs dans un savon, plus il faut faire de pâtes en simultané. Le travail préparatoire prend ici toute son importance, plus on est organisé, plus on peut aller vite.

Ajout de la pâte à savon coloréé

Ajout de la deuxième pâte à savon colorée en marron. La structure fluide des deux pâtes permet d’éviter que les couleurs ne se mélangent immédiatement.

Il existe ensuite une multitude de techniques pour associer les couleurs, on peut les mettre en couches superposées ou créer des dessins imbriquant les différentes couleurs : on parle alors de marbrage du savon. Il existe des marbrages de surface, en profondeur, des incrustations, il vont dépendre de la forme du moule, nécessiter éventuellement des outils comme une cuillère ou une plume. Internet regorge de tutoriaux pour des marbrages, faîtes vous plaisir.

savon avant le marbrage

Voilà le résultat une fois que l’on a fini de remplir le moule avec les deux pâtes à savon. Reste encore à finaliser le design du savon.

 

savon après le marbrage de surface

Et voilà ce que ça donne après avoir réalisé un « marbrage de surface », une méthode de marbrage parmi les nombreuses existantes

Finalisation des savons

Ouf on y est, la pâte à savon colorée, marbrée, parfumée, surgraissée est dans le moule, le savon est donc fini ? Et bien non ! Il reste encore quelques étapes et quelques semaines d’attente avant de pouvoir utiliser le savon.

La phase de saponification du savon prend du temps, il faut donc attendre au moins 24 heures le temps que toutes les huiles soient saponifiées. On recouvre le savon d’un film alimentaire puis on le met à l’abri de la lumière dans une salle à température ambiante. Pendant cette période il peut se passer une réaction chimique appelée « Phase de Gel ». Le savon se met alors à chauffer et peut même devenir bouillant. La phase de gel va modifier le rendu des couleurs du savon, et quand elle a lieu ce n’est pas forcément sur la totalité du savon. Elle se déclenche en fonction de facteurs environnementaux et en particulier la température extérieure. Plus il fait chaud et plus la phase de gel a de chances de se produire. L’artisan savonnier peut alors choisir de favoriser le gel pour intensifier certaines couleurs, ou alors de la bloquer. La phase de gel n’a par contre aucune incidence sur la qualité du savon.

découpage de savons

Après 24 heures d’attente pour que la phase de saponification se termine, le pain de savon est suffisamment dur pour être découpé.

Le temps de saponification terminé, il est alors temps de démouler le savon et de le découper. Les savons découpés sont ensuite disposés dans une salle de cure aérée, à l’abri de la lumière et de l’humidité, à une température ambiante et constante, et pendant une durée de 4 à 6 semaines. Les savons vont alors s’assécher, perdre en masse, et s’endurcir.

séchage des savons

Une fois découpés, les savons vont en salle de cure s’affiner et s’assécher pendant plusieurs semaines

En sortie de cure, on récupère quelques copeaux de savons sur un savon référence de la production, on les dilue dans un peu d’eau et on vérifie le PH qui doit être compris entre 9 et 11. Si le PH est bon, les savons sont prêts pour égayer vos douches matinales !

Envie d’en savoir plus ?

Comme vous avez pu le voir, on ne s’improvise pas artisan savonnier, surtout que je vous ai épargné tout le côté rébarbatif et administratif qui entoure la création d’un savon dans le but de le revendre, et qui prend peut-être même plus de temps. Néanmoins, vous pouvez très bien apprendre à créer vos savons par vous même, et si vous voulez éviter les différents écueils que vous pouvez rencontrer en faisant vos propres savons, rien ne vaut l’apprentissage avec un professionnel. Pour celles et ceux qui vivent dans la région toulousaine, notre laboratoire de confection s’ouvre régulièrement pour des ateliers découverte de la saponification à froid. Ces ateliers se déroulent en petits groupes, ce sera l’occasion d’apprendre dans une ambiance conviviale les bases de la fabrication de savons.